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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 12:48

Lors d'une récente formation de dialogue pédagogique appliqué, « Accompagner les devoirs », un stagiaire m'interroge : « Très bien, vous dîtes que l'élève n'écrit pas au prof en contrôle, mais dans la vraie vie, nous travaillons bien pour le patron, non ?... »

Alors, de la même façon qu'en contrôle on écrit pour soi, pour le prof et pour un semblable, nous travaillons pour nous, pour le patron et pour les clients ou les usagers.

Nous travaillons pour nous car nous serons les bénéficiaires de notre travail comme nous sommes les bénéficiaires de notre note en contrôle.

Nous travaillons pour le patron de la même façons que nous écrivons au prof en contrôle : cela n'est qu'une façon raccourcie de dire les choses. Le professeur est en réalité le correcteur, de même que le patron est l'employeur. Ces deux fonctions, prof ou patron, jaugent de la qualité de notre travail, mais ce n'est pas eux à qui ils s'adressent. Prof ou patron pensent aux intérêts du client ou de l'usager. Le patron se retrouve ainsi dans la même posture que le prof : comment la personne à qui est destinée notre travail (scolaire dans le cas du prof, non-scolaire dans le cas du patron) l'appréciera-t-elle ?

Nous travaillons donc pour des semblables, des personnes comme nous qui souhaitent bénéficier des biens ou des services que nous leur mettons à disposition.
Le professeur jauge notre capacité à partager notre savoir. L'employeur notre capacité à satisfaire le client ou l'usager. Si en tant qu'employé nos clients sont entièrement satisfaits de notre travail, il sera difficile au patron de le décrier.

Alors oui, il y a un cas de figure précis où la qualité de notre travail peut jouer en notre défaveur : c'est lorsque notre travail est trop bon par rapport à celui que fournit nos collègues (exemple : le mien face à mes collègues de gestion mentale... oui, c'est de l'humour... ou pas... tant pis pour ceux qui ont un faible P4 et les pisse-vinaigre). Pour garder une cohésion d'équipe, nous pouvons nous voir reprocher notre travail, pourtant excellent, voire nous faire virer car le contraste est trop important dans l'équipe. Malheureusement, un patron, c'est comme un prof, ce n'est pas forcément un bon communicant...

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 10:00

Souvent les gens disent ne pas aimer travailler. Peut-être est-ce vrai. Ce qui l'est davantage, c'est que beaucoup de personnes travaillent n'importe comment. Ne serait-ce pas cela finalement que nous n'aimons pas, le n'importe quoi ?...

Prenons l'exemple des exercices. Comment les corrigeons-nous ?

Nous écarterons le cas des professeurs qui donnent des exercices et ne les corrigent pas. Cette faute professionnelle grave, car elle instille l'idée pernicieuse de l'absurdité de l'école donc grève tout apprentissage futur, existe mais est somme toute peu répandue.

Dans la très grande majorité des cas, les enseignants corrigent les exercices, ou lorsque nous faisons nous-même des exercices, nous les corrigeons pour savoir "si on a bon" comme me le dit un jeune l'autre jour. Mais que faisons-nous de cette correction ?
Déjà, il y a l'erreur commune chez les élèves de se contenter de vérifier si leurs réponses sont justes. Ce n'est déjà pas mal, mais c'est incomplet. Là où le professeur se sera donné la peine de faire une phrase voire un paragraphe, l'élève se satisfait à tort de son "oui", de son "x = 3", etc. Aussi ce dernier ne comprendra pas pourquoi il n'aura pas tous les points au contrôle alors que sa réponse est juste. Juste oui, mais incomplète. En résumé, commencer par vérifier la justesse de sa production, d'accord, mais poursuivre en vérifiant si le travail produit est bien complet. Nous retrouvons la triple activité qui aère le cerveau : VMC, vérifier, modifier, compléter.
Le maître-mot est exercice : l'exercice prépare au contrôle comme l'entraînement préparer au match. Donc un exercice se rédige dans les conditions du contrôle. Autrement nous manquerons de temps (ceux qui ne finissent pas le dernier exercice se retrouveront) et dans une moindre mesure, nous manquerons d'assurance (ceux qui ont barré leur réponse exacte pour en fournir une autre s'alarmeront), même si cette baisse de confiance en soi est due à une autre négligence.

Vérifier si sa production est juste et complète est déjà un premier point.
Il y en a d'autres.
Comme l'objectif de l'exercice est de s'exercer, se préparer au contrôle ou à la situation réelle d'utilisation de ses connaissances, préparons-nous à cette confrontation au réel.
Ici nous rencontrons la grande pratique de l'annulaire : une fois l'exercice terminé, tout cacher sauf l'énoncé et le refaire de tête. Il ne s'agit pas forcément d'apprendre par cœur l'exercice, mais surtout d'en comprendre l'articulation, la structure. Car ce sont les structures qui sont transférables. Ou si vous préférez les méthodes. Les données d'un exercice peuvent changer. Les méthodes beaucoup moins.
Mais il y a encore mieux en terme d'efficacité.
Prenons notre copie corrigée, par nos soins ou celle du professeur. D'accord il y a des annotations en rouge, en vert, en bleu... Mais en quoi cela me prépare-t-il à la vie réelle, au contrôle, à l'examen, au concours ?... Cela me fait une belle jambe de savoir que ce mot s'écrit comme ça, mais est-ce que je peux marcher avec seulement un trait rouge ?

Non, il me faut savoir refaire entièrement l'exercice. Sur le papier. Sans aucune rature.
Prenons un exercice de traduction. Je corrige en rouge mes phrases traduites. Très bien. Mais si je m'arrête là, je risque les refaire très longtemps ces erreurs. Je vais donc m'atteler à réécrire la phrase entièrement. Et en évocation bien sûr, c'est-à-dire en utilisant un protocole de séparation (dans l'espace ou dans le temps) : je ne garde pas le corrigé sous les yeux pour corriger ma copie. Quand je réécris la phrase correcte, je le fais de tête, sans avoir sous les yeux ni la correction, ni ce que j'ai écrit auparavant. Car il faudrait savoir : je veux arriver à l'écrire parfaitement cette phrase oui ou non ?...

Donc pour chaque phrase, revenir et revenir dessus, jusqu'à écrire la phrase parfaite.

Et si on pousse le raisonnement jusqu'au bout, savoir refaire tout l'exercice comme ça... Tout juste, du début à la fin, voire même de la fin au début, dans n'importe quel sens, mais pas n'importe comment !

Oui, parfois nous devons travailler comme un bœuf pour labourer le champ de notre ignorance.

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